Caruso et Dalla
Le monde est cul par dessus tête, "les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent", il nous reste à chanter.
Lucio Dalla est un auteur, compositeur, interprète italien, sur le tard chef d'orchestre, qui naquit à Bologne en 1943 et mourut à Montreux en 2012.
Sa chanson Caruso a une histoire. Naviguant entre Sorrente et Capri sur son bateau par mer formée, le moteur s'arrête, il fait naufrage, le contraignant à gagner la côte sur son canot à la force des rames pour échouer au Grand Hotel Excelsior où le propriétaire se met en quatre pour lui offrir un séjour réparateur. On est en 1984. La chambre est la 448.
Cette chambre est celle qu'Enrico Caruso occupa vers la fin de sa vie avant d'aller mourir à Naples d'une péritonite en 1921 à l'âge de 48 ans dans les bras de sa jeune épouse, et l'hôtelier lui en parle. On entre dans le romantisme napolitain qui mouille les yeux. C'est finalement un barman de Sorrente, dont la tante veillait comme gouvernante sur le plus grand ténor que la terre entendit jamais, qui lui contera les derniers jours de ce monument national.
Caruso, fatigué, passait de longues heures sur la terrasse de l'hôtel à contempler la mer et le Vésuve au loin, donnant des leçons de piano à une jolie ragazza aux yeux verts dans lesquels il aimait se noyer. Lucio Dalla passera vingt jours dans la 448 qu'on appelle aujourd'hui la Suite Caruso pour être fasciné à son tour par la vue extraordinaire qu'on lui offrait.
Il écrivit sa chanson pour la proposer à Luciano Pavarotti avec qui il l'enregistrera en concert à Modène en 2012. Le disque fera neuf millions de copies (l'exploit par ici), et trente-huit millions si on compte les reprises. Le refrain est tiré d'un air napolitain des années 30, Dicitencello vuje de Falvo et Fusco. "Caruso" sera repris ensuite par Julio Iglesias, Mireille Mathieu, Andrea Bocelli, Lara Fabian, Florent Pagny, plus, plus, plus, sans jamais égaler le duo original.
C'est lors d'une tournée en Suisse qui le conduit à Montreux, que Lucio Dalla meurt dans sa chambre du Royal Plaza d'une crise cardiaque à 10 heures du matin face au lac Léman. La mort ne lui a pas laissé le temps de la mélancolie de son modèle, il vécut vingt ans de plus que lui.
Son interprétation est ici plus sincère que celle de grands chanteurs lyriques qui s'y sont mis. Il y passe plus d'émotion et moins d'exploits ; c'est la version que je préfère. Enjoy !
Qui dove il mare luccica e tira forte il vento
\ \ Ici où il y a la mer et un vent si fort
Sulla vecchia terrazza davanti al golfo di Surriento
\ \ Sur une vieille terrasse donnant sur le golfe de Sorrente
Un uomo abbraccia una ragazza dopo che aveva pianto
\ \ Un homme embrasse une fille après qu'elle eût pleurée
Poi si schiarisce la voce e ricomincia il canto
\ \ Puis il s'éclaircit la voix et recommence son chant
Te voglio bene assai
\ \ Je t'aime tant
Ma tanto bene sai
\ \ Mais tant tu sais
E una catena ormai
\ \ C'est devenue une réaction en chaîne désormais
Che scioglie il sangue dint'e vene sai
\ \ Qui dissout le sang dans les veines, tu sais
Vide le luci in mezzo al mare penso alle notti là in America
\ \ Je vois ces lumières au milieu de la mer, et je pense aux nuits là-bas en Amérique
Ma erano solo le lampare e la bianca scia di un elica
\ \ Mais ce ne sont que les lampions des pêcheurs et le sillage blanc d'une hélice
Senti il dollore nella musica e si alzo dal pianoforte
\ \ Il ressentit une douleur dans la musique, et il se leva du piano
Ma quando vide la luna uscire da una nuvola
\ \ Mais lorsqu'il vit la lune sortir d'un nuage
Gli sembrò più dolce anche la morte
\ \ Même la mort lui sembla plus douce
Guardo negli occhi la ragazza quegli occhi verdi come il mare
\ \ Il regarda la fille dans les yeux, ces yeux verts comme la mer
Poi all'improvviso usci una lacrima e lui credette di affogare
\ \ Puis à l'improviste une larme surgit, et lui il crut qu'il se noyait
Te voglio bene assai
Ma tanto tanto bene, sai
È una catena ormai
Che scioglie il sangue dint'e vene, sai
Potenza della lirica dove ogni dramma é un falso
\ \ Puissance du lyrisme où chaque drame est une supercherie
Che con un po'di trucco e con la mimica puoi diventare un altro
\ \ Où avec un peu de maquillage et quelques mimiques tu peux devenir un autre
Ma due occhi che ti guardano cosi vicini e veri
\ \ Mes deux yeux qui te regardent de si près et si vrais
Ti fan scordarele parole confondonoi pensieri
\ \ Te font oublier les paroles et s'emmêler tes pensées
Cosi diventa tutto piccolo anche le notti la in America
\ \ Comme ça tout devient petit, tout comme ces nuits en Amérique
Ti volti e vedi la tua vita come la scia di un'elica
\ \ Tu te retournes et tu vois ta vie comme le sillage d'une hélice
Ma si é la vita che finisce ma lui non ci penso poi tanto
\ \ Même si c'est la vie qui finit, lui il y pense à peine
Anzi si sentiva gia felice e ricomincio il suo canto
\ \ D'ailleurs il se sentait déjà réconforté et il reprit son chant
Te voglio bene assai
Ma tanto tanto bene, sai
È una catena ormai
Che scioglie il sangue dint'e, vene sai
Te voglio bene assai
Ma tanto tanto bene, sai
È una catena ormai
Che scioglie il sangue dint'e vene, sai.
©La Coccinelle
Lucio Dalla est un auteur, compositeur, interprète italien, sur le tard chef d'orchestre, qui naquit à Bologne en 1943 et mourut à Montreux en 2012.
Sa chanson Caruso a une histoire. Naviguant entre Sorrente et Capri sur son bateau par mer formée, le moteur s'arrête, il fait naufrage, le contraignant à gagner la côte sur son canot à la force des rames pour échouer au Grand Hotel Excelsior où le propriétaire se met en quatre pour lui offrir un séjour réparateur. On est en 1984. La chambre est la 448.
Cette chambre est celle qu'Enrico Caruso occupa vers la fin de sa vie avant d'aller mourir à Naples d'une péritonite en 1921 à l'âge de 48 ans dans les bras de sa jeune épouse, et l'hôtelier lui en parle. On entre dans le romantisme napolitain qui mouille les yeux. C'est finalement un barman de Sorrente, dont la tante veillait comme gouvernante sur le plus grand ténor que la terre entendit jamais, qui lui contera les derniers jours de ce monument national.
Caruso, fatigué, passait de longues heures sur la terrasse de l'hôtel à contempler la mer et le Vésuve au loin, donnant des leçons de piano à une jolie ragazza aux yeux verts dans lesquels il aimait se noyer. Lucio Dalla passera vingt jours dans la 448 qu'on appelle aujourd'hui la Suite Caruso pour être fasciné à son tour par la vue extraordinaire qu'on lui offrait.
Il écrivit sa chanson pour la proposer à Luciano Pavarotti avec qui il l'enregistrera en concert à Modène en 2012. Le disque fera neuf millions de copies (l'exploit par ici), et trente-huit millions si on compte les reprises. Le refrain est tiré d'un air napolitain des années 30, Dicitencello vuje de Falvo et Fusco. "Caruso" sera repris ensuite par Julio Iglesias, Mireille Mathieu, Andrea Bocelli, Lara Fabian, Florent Pagny, plus, plus, plus, sans jamais égaler le duo original.
C'est lors d'une tournée en Suisse qui le conduit à Montreux, que Lucio Dalla meurt dans sa chambre du Royal Plaza d'une crise cardiaque à 10 heures du matin face au lac Léman. La mort ne lui a pas laissé le temps de la mélancolie de son modèle, il vécut vingt ans de plus que lui.
Son interprétation est ici plus sincère que celle de grands chanteurs lyriques qui s'y sont mis. Il y passe plus d'émotion et moins d'exploits ; c'est la version que je préfère. Enjoy !
- la piste-son est plus nette quand elle est émise directement par Youtube -
Qui dove il mare luccica e tira forte il vento
\ \ Ici où il y a la mer et un vent si fort
Sulla vecchia terrazza davanti al golfo di Surriento
\ \ Sur une vieille terrasse donnant sur le golfe de Sorrente
Un uomo abbraccia una ragazza dopo che aveva pianto
\ \ Un homme embrasse une fille après qu'elle eût pleurée
Poi si schiarisce la voce e ricomincia il canto
\ \ Puis il s'éclaircit la voix et recommence son chant
Te voglio bene assai
\ \ Je t'aime tant
Ma tanto bene sai
\ \ Mais tant tu sais
E una catena ormai
\ \ C'est devenue une réaction en chaîne désormais
Che scioglie il sangue dint'e vene sai
\ \ Qui dissout le sang dans les veines, tu sais
Vide le luci in mezzo al mare penso alle notti là in America
\ \ Je vois ces lumières au milieu de la mer, et je pense aux nuits là-bas en Amérique
Ma erano solo le lampare e la bianca scia di un elica
\ \ Mais ce ne sont que les lampions des pêcheurs et le sillage blanc d'une hélice
Senti il dollore nella musica e si alzo dal pianoforte
\ \ Il ressentit une douleur dans la musique, et il se leva du piano
Ma quando vide la luna uscire da una nuvola
\ \ Mais lorsqu'il vit la lune sortir d'un nuage
Gli sembrò più dolce anche la morte
\ \ Même la mort lui sembla plus douce
Guardo negli occhi la ragazza quegli occhi verdi come il mare
\ \ Il regarda la fille dans les yeux, ces yeux verts comme la mer
Poi all'improvviso usci una lacrima e lui credette di affogare
\ \ Puis à l'improviste une larme surgit, et lui il crut qu'il se noyait
Te voglio bene assai
Ma tanto tanto bene, sai
È una catena ormai
Che scioglie il sangue dint'e vene, sai
Potenza della lirica dove ogni dramma é un falso
\ \ Puissance du lyrisme où chaque drame est une supercherie
Che con un po'di trucco e con la mimica puoi diventare un altro
\ \ Où avec un peu de maquillage et quelques mimiques tu peux devenir un autre
Ma due occhi che ti guardano cosi vicini e veri
\ \ Mes deux yeux qui te regardent de si près et si vrais
Ti fan scordarele parole confondonoi pensieri
\ \ Te font oublier les paroles et s'emmêler tes pensées
Cosi diventa tutto piccolo anche le notti la in America
\ \ Comme ça tout devient petit, tout comme ces nuits en Amérique
Ti volti e vedi la tua vita come la scia di un'elica
\ \ Tu te retournes et tu vois ta vie comme le sillage d'une hélice
Ma si é la vita che finisce ma lui non ci penso poi tanto
\ \ Même si c'est la vie qui finit, lui il y pense à peine
Anzi si sentiva gia felice e ricomincio il suo canto
\ \ D'ailleurs il se sentait déjà réconforté et il reprit son chant
Te voglio bene assai
Ma tanto tanto bene, sai
È una catena ormai
Che scioglie il sangue dint'e, vene sai
Te voglio bene assai
Ma tanto tanto bene, sai
È una catena ormai
Che scioglie il sangue dint'e vene, sai.
©La Coccinelle
Cette version "rentrée" est la meilleure après bien sûr le duo Dalla-Pavarotti qui reste intouchable. Les reprises sont décevantes, je suis d'accord avec vous.
RépondreSupprimerMerci de cette évocation.