Sauramps

un livre ouvert
Sauramps Montpellier fond les plombs. Sauramps c'est la grande librairie qui fut recréée au Polygone pour contrer le projet de la FNAC parisienne de venir s'installer dans la grande ville étudiante du sud. La liquidation judiciaire a été prononcée par le Tribunal de commerce le 3 juillet dernier. Comme ses consœurs Decitre ou Le Furet du Nord en redressement judiciaire également, Sauramps (déjà redressée en 2017) goûte aux fruits de la numérisation forcée de nos sociétés et en appelle aux pouvoirs publics pour y résister.
« C’est la fin d’une institution culturelle à Montpellier. Ou pas ? Le propriétaire de Sauramps, François Fontès, travaillerait avec le Conseil régional Occitanie et la Métropole de Montpellier à un nouveau concept, avec une reprise partielle des salariés...» blablabla, ce qui est une lutte comparable au Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras.

Les grosses cylindrées du livre sont toutes dévorées par leurs coûts fixes de management redondant, manifestations de prestige, baux commerciaux au meilleur endroit. Les rapetisser et les diversifier, comme M. Fontès en a le projet, réduit les coûts fixes mais fait passer l'affaire dans la cour des commerces multiservices de taille moyenne, les plus en danger. Face à la concurrence du clic - les plateformes de marché sur Internet sont imbattables - ne survivront que les librairies de niche tenues par leur propriétaire des murs, passionné, aidé si besoin est d'un apprenti pas cher. Et parfois ça ne suffit pas. Cotisations, impôts et taxes viennent à bout d'affaires de grande qualité réputées solides comme la Librairie du Bois dans la XVIè arrondissement de Paris que j'ai bien connue.

Contrairement à une antienne qui finit par casser les oreilles, le livre continue à se vendre. Mais pas en ville, du moins, comme le commerce des lacets et des élastiques, pas suffisamment pour en vivre. Quand au domaine encyclopédique (dictionnaires généraux et techniques, almanachs, annales...), disons-le carrément, l'IA va le niveler complètement. Resteront la fiction, l'histoire, les voyages, un peu l'art surtout comme cadeau, et quelques livres d'humeur malgré tout éphémères. Le petit libraire doit se mettre en réseau, numériser son stock et accéder à une place de marché comme Amazon en peaufinant ses expéditions.
Le métier procure aussi une position sociale enviable pour quelques temps encore. Vous êtes classé dans la sphère du Savoir et susceptible d'invitations dans la Haute pour peu que vous vous y prêtiez. La petite librairie à thème est aussi le dernier salon où l'on cause, et on s'y fait des amis de bon niveau. Mais nul n'y a fait fortune.

Qu'ai-je lu récemment ?

  • Sapiens de Yuval Noah Harari (Albin Michel, Paris 2015).
    Il m'a intéressé car je n'y connaissais rien, mais il est très critiqué au sein de la profession d'anthropologie. Evidemment, le tirage (25 millions de copies) les a rendus jaloux ! Sa page Wikipedia par ici.

  • Connaissance du vieux Paris de Jacques Hillairet (Ed. de Minuit, Paris 1956).
    La bible des rues, îles et villages de Paris des origines à nos jours (enfin les années 50). Lorànt Deutsch, de son vrai nom Laszlo Matekovics, doit l'avoit étudié dans ses moindres recoins. Si vous habitez Paris, ce bouquin est indispensable. Sinon il permet de se distraire de l'insolite tout en se cultivant quand vous prend l'envie. Le mien fait 940 pages. Choisissez-le relié et non pas broché pour résister à la consultation. On le trouve chez Payot et sur les places de marché habituelles, Amazon, FNAC, Cultura, etc.

  • Le nœud gordien de Georges Pompidou (Plon Paris, 1974).
    C'est le testament politique du dernier président d'épaisseur de la République. Il fut imprimé moins de deux mois après sa mort (2 avril 1974). Ce livre n'a pas de "quatrième de couverture", il n'en a pas besoin. Il y disait de manière prémonitoire que « l'époque n'est plus à Louis XIV dans son palais de Versailles, au milieu de ses grands, mais rien n'y ressemblerait davantage qu'un Grand Ordinateur dirigeant de la salle de commandes électroniques le conditionnement des hommes… Le bonheur que nos ingénieurs préparent à l'homme de demain ressemble vraiment trop aux conditions de vie idéales pour animaux domestiqués. En vérité, l'avenir serait plutôt à Saint Louis tel qu'on se l'imagine sous un chêne au milieu de son peuple, c'est à dire à des chefs ayant une foi, une morale, et répudiant "l'absentéisme du cœur".»
    Après le Colin Froid, la fausse empathie populaire d'un Mitterrand dévoré par sa page d'histoire à nos dépens et aujourd'hui un "techno" habité par sa chimère européenne à laquelle il sacrifie tout, nous mesurons le progrès de l'asservissement des gens par le Grand Ordinateur (GO) qui s'appelle autrement de nos jours.
    La première victime c'est la liberté de penser. Le carcan idéologique semble solide, les déviances pourchassées par des supplétifs du clergé républicain avant que d'être mises en loi pour achever la coercition. Les opinions non validées par le GO sont des délits ! Je me pose des questions sur la pertinence des remarques de JD Vance sur nos libertés.

  • Farmhouse Cookery, ouvrage collectif publié par le Reader's Digest en 1980 (400 pages à l'italienne 25x21). C'est un ouvrage d'art relié qui m'a été offert par une jeune personne ayant séjourné chez nous de longues semaines. Livre de cuisine anglaise ? Plus que ça. Les recettes sont commentées longuement dans ce qu'elles promettent, illustrées souvent de cul-de-lampe en taille douce, plus quelques photos vintage. En fait, il y a tout, plus d'un millier de recettes, même la panse de brebis farcie écossaise. Je le feuillette souvent pour les vignettes humoristiques de la vie quotidienne à la campagne.

J'ai aussi trouvé un Chandler dans la boîte à livres du quai. Vous aurez noté que je n'ai pas acheté le dernier roman à la mode dont tout le monde parle (sans l'avoir lu quelquefois) et j'ai sans doute tort, mais si l'envie n'est pas là ; cela doit expliquer une infime raison de la déconfiture de Sauramps.

Commentaires